boursevaleur Nicolas Bellemare
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La jungle des fonds communs de placement
Mise en ligne le 3/26/2007 11:49:09 AM
Les fonds communs de placement sont une grande innovation du monde de l’investissement. Ils représentent un moyen relativement économique et très pratique d’avoir accès à un gestionnaire professionnel et à une diversification importante. C’est la meilleure solution pour l’investisseur qui veut investir en bourse, mais qui n’a pas le temps, l’intérêt ou le capital suffisant pour le faire lui-même.
Malgré ces avantages, l’investisseur intéressé d’acheter des parts de fonds communs se heurtera rapidement à des murs. Le premier : quel fonds choisir? Le choix est énorme et il est souvent difficile de savoir si tel ou tel conseiller nous suggère le meilleur fonds pour nous… ou pour sa commission. En second lieu, il convient de savoir comment investir. Quel montant y mettre? Quand rajouter de l’argent? Quand vendre? Plusieurs conseillers vous aideront bien à choisir, mais une fois l’achat réalisé et la commission empochée, ils seront soudainement moins attentifs à votre situation. Je tâcherai donc ici de faire une solide introduction aux fonds communs pour que vous puissiez être critique face aux recommandations qui vous sont faites ou que vous puissiez-vous même prendre vos décisions.
Attaquons d’abord une question cruciale à savoir quel fonds choisir. Mettons quelque chose au clair : la plus grande erreur qu’un investisseur puisse faire est de se baser purement sur la performance du passé pour choisir son fonds. Pas étonnant que plusieurs le fasse compte tenu que c’est ce que les fonds présentent généralement en gros plan dans leurs publicités. Des études démontrent qu’il est peu probable que les fonds avec le rendement passé le plus élevé demeurent ainsi leaders. Bref, ce qu’il faut observer lorsqu’on regarde la performance passée, c’est une bonne performance à long terme (le gestionnaire réussit à battre le marché par quelques points au bout d’une décennie) et une volatilité faible (lorsque le marché plante, le fonds subi des pertes moins élevées). Il est donc préférable que le fonds existe depuis au moins 10 ans, de façon à ce qu’il ait traversé plusieurs phases de marché. Assurez-vous également que ce soit le même gestionnaire depuis au moins 5 ans, puisque vous ne voulez pas vous baser sur la performance d’un autre.
Mais au-delà de la performance passée, il faut absolument observer d’autres indicateurs. De nombreuses études ont été réalisées sur les fonds communs de placement et certains points font l’unanimité - Plus les dépenses d’un fonds sont élevées, moins son rendement est bon.
- Plus le taux de rotation du portefeuille est élevé (achats et ventes fréquents), moins le rendement est bon.
- En moyenne, les fonds communs de placement ne réussissent pas à « battre » leur indice de référence.
La dernière affirmation a de quoi troubler. À long terme, une majorité de fonds commun de placement ne réussit pas à performer mieux que leur indice (exemple, le S&P/TSX pour un fonds d’actions canadiennes). Les points 1 et 2 expliquent, entre autres, ce phénomène. D’abord, la plupart des fonds ont des frais de gestion beaucoup trop élevés. Le gestionnaire a beau sélectionner de bons placements, si son rendement est amputé de 2,5% annuellement, il sera très difficile de s’en sortir avec une bonne performance à long terme. Malheureusement pour les investisseurs, c’est au Canada que nous avons les frais de gestion les plus élevés pour les fonds communs de placement. Il importe donc de porter une attention particulière à ce facteur. Bien sûr, un fonds qui a des frais élevés peut connaître quelques bonnes années, mais il lui sera très ardu de maintenir une telle performance à long terme. Règle générale pour les fonds d’actions, privilégiez un ratio de frais de gestion inférieur à 2%.
Le taux de rotation du portefeuille vous en dit long sur la philosophie du gestionnaire. Est-il un trader compulsif ou un investisseur patient à long terme? Bien souvent, en Bourse, la patience est une vertu très payante. Une rotation très élevée du portefeuille entraîne des frais de courtage importants et signifie que le gestionnaire entre et sort dans des positions très rapidement, à l’affut de ce qui est populaire. De plus, des transactions fréquentes tendent à rendre le fonds beaucoup moins intéressant au chapitre de l’impôt. Le taux de rotation devrait se situer sous les 50%, ce qui signifie qu’une action est maintenue en moyenne 2 ans. Selon la loi, cette information doit se trouver dans les prospectus des fonds communs de placement.
Dernier aspect à considérer : le gestionnaire. Dans le rapport annuel du fonds, le gestionnaire donne toujours des commentaires sur la performance du fonds. Certains exposent aussi leurs opinions sur le marché ou sur certaines actions qu’ils détiennent. Je vous invite fortement à lire ce que le gestionnaire a à dire et à comprendre sa stratégie. Est-il capable de l’exprimer clairement? Êtes-vous à l’aise avec son style de gestion? Parle-il uniquement de ce qui va bien sans présenter ce qui fonctionne moins bien ou sans mentionner les risques?
Bref, voici une petite liste qui récapitule des points importants à observer. Faites vos recherches ou posez des questions à votre conseiller. S’il vous dit que telle ou telle chose n’est pas importante, s’il ne peut obtenir l’information ou revient toujours avec les rendements passés, méfiez-vous! - Le ratio de frais de gestion est inférieur à 2%.
- Le gestionnaire est en place depuis au moins 5 ans.
- La performance n’a pas été trop mauvaise lors du dernier marché baissier.
- Le rendement du fonds sur 10 ans est supérieur à celui du marché.
- Le taux de rotation du portefeuille est inférieur à 50%.
- Le gestionnaire explique sa stratégie dans son rapport annuel.
Une fois le fonds choisi avec soin, il reste à y investir intelligemment. De nombreux investisseurs obtiennent des rendements bien inférieurs à ceux des fonds qu’ils choisissent pour la simple raison qu’ils achètent après que le fonds ait connu une poussée et que, pris de peur, vendent après une correction. Si vous optez pour un fonds d’actions, il est possible que votre capital se situe, à un moment ou à un autre, 30% en-dessous de ce que vous avez investi. Vous devez être prêt à cela. Il ne faut surtout pas vendre! Si vous avez choisi un fonds de qualité, vous n’avez pas à vous inquiéter. Profitez-en pour investir alors que le marché boursier est déprimé. L’idéal est d’adhérer à un programme d’investissement automatique et de verser, à intervalles réguliers, peu importe l’état du marché, un montant égal d’argent. Les fonds d’actions sont faits pour le long terme, idéalement au moins 10 ans. Ne vendez que si vous avez besoin de votre argent, et non pas parce que vous avez entendu un « expert » qui annonce la dégringolade des marchés. La présence et la patience sont essentielles en Bourse.

Ressources Internet : Le site Morningstar (www.morningstar.ca) offre une panoplie d’informations sur les fonds communs de placement disponibles au Canada. Visitez également les sites des compagnies de fonds communs de placement pour avoir accès aux rapports.
Au cours de mon prochain blog, je donnerai les noms de différents fonds qui répondent aux critères exposés dans ce texte et qui constituent donc des choix intéressants.
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